Le sujet a l’air anodin comme ça, presque inoffensif sur le papier et pourtant, la RSE remet profondément en cause notre modèle économique. Bienvenue sur un champ de bataille où se joue l’avenir de la planète. Et non, il ne s’agit pas d’une superproduction hollywoodienne !

feuille et soleil
Photo de Kumiko SHIMIZU sur Unsplash

Les enjeux de la RSE pour les entreprises

Fondamentalement, la philosophie de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) pose la question : quel type d’entreprise voulons-nous ? Nous, à la fois consommateur et citoyen, en même temps client, employé et habitant de la Terre.

La Responsabilité Sociétale des Entreprises est une contestation du modèle de l’entreprise posé par Milton Friedman qui a longtemps dominé le paysage économique mondial.

Ce dernier considère que “la responsabilité sociale des entreprises est d’augmenter leurs profits” (c’est le titre de l’article qu’il publie dans le New York Times). La satisfaction des actionnaires est la priorité.

La RSE est une démarche qui prend acte des différentes crises (économiques, écologiques et sociales) dont les multinationales sont des acteurs majeurs et conçoit l’entreprise comme un écosystème avec des parties prenantes.

Qu’est-ce que la RSE d’une entreprise ?

Bon, mettons tout de suite les pieds dans le plat : le professeur Archie B. Carroll, auteur phare du courant Business & Society, dénombre près de 20 définitions différentes de la RSE. D’ailleurs, on ne sait pas bien si l’on doit dire Responsabilité Sociale des Entreprises ou Responsabilité Sociétale des Entreprises.

Pour Howard Bowen, un des premiers théoriciens, “la responsabilité sociale de l’entreprise renvoie à l’obligation pour les hommes d’affaires de réaliser les politiques, de prendre les décisions et de suivre les lignes de conduite répondant aux objectifs et aux valeurs qui sont considérées comme désirables dans notre société.” C’est plutôt large.

Pour la Commission européenne, “être socialement responsable signifie non seulement satisfaire pleinement aux obligations juridiques applicables, mais aussi aller au-delà et investir “davantage” dans le capital humain, l’environnement et les relations avec les parties prenantes.

objectire developpement durable

La norme ISO 26000, qui est une norme de l’Organisation internationale de normalisation définie, elle, la RSE ainsi : “responsabilité d’une organisation vis-à-vis des impacts de ses décisions et de ses activités sur la société et sur l’environnement, se traduisant par un comportement transparent et éthique qui :

  • contribue au développement durable y compris à la santé et au bien-être de la société
  • prend en compte les attentes des parties prenantes
  • respecte les lois en vigueur et est compatible avec les normes internationales
  • est intégré dans l’ensemble de l’organisation et mis en œuvre dans ses relations.”

Et finalement, il y a la définition du livre vert de l’Union Européenne : “la RSE est l’intégration volontaire des préoccupations sociales et écologiques par les entreprises, à leurs activités commerciales et à leurs relations avec leurs parties prenantes.”

Les parties prenantes désignent les salariés, les actionnaires, les investisseurs, les consommateurs, les pouvoirs publics et les ONG.

Exemple d’une démarche RSE : la marque Patagonia

Parlons un moment d’Yvon Chouinard, le fondateur de Patagonia.

Alpiniste de renom, il invente en 1972 les coinceurs en aluminium pour remplacer les pitons qui abîment la roche.

Il est l’auteur du livre “Let My People Go Surfing” : « laisser les gens [qui travaillent pour moi] aller faire du surf ». Sa maxime est : peu lui importe que ses collaborateurs aillent faire du surf, tant que le travail est fait.

Dans les locaux de Patagonia, il y a même une grande horloge indiquant l’horaire des marées. Ainsi, chacun connaît le meilleur moment de la journée pour aller surfer.

Yvon Chouinard a aussi développé une ligne de vêtements techniques écoconçus (avec du coton biologique, ou des matières recyclées) pour le sport de montagne et le surf.

exemple jacket

Son entreprise reverse 1 % de son chiffre d’affaires à des organisations non gouvernementales qui se consacrent à la protection de l’environnement.

Patagonia est sans aucun doute le modèle de l’entreprise socioresponsable.

Yvon Chouinard avait aussi lancé cette campagne de pub (en réponse à l’article de Milton Friedman ?), qui montrait des dauphins sautant hors de l’eau. La légende disait : “these are our shareholders.” “Ce sont nos actionnaires.”

Pourquoi la RSE a conquis le monde

La RSE est une réponse à divers mouvements, dont on peut trouver de lointaines origines comme le boycott du sucre de canne des Caraïbes, produit grâce à l’esclavage, par des consommateurs anglais ; ou encore divers patrons qui cherchaient à améliorer les conditions de travail des ouvriers à la fin du XIXe siècle en Europe.

Plus récemment, à partir des années 1970, il y a eu l’appel à ne pas commercer avec l’Afrique du Sud de l’apartheid. Des lanceurs d’alertes ont également averti que certaines grandes marques reposaient sur le travail des enfants dans des usines en Chine.

Il y a eu des accidents environnementaux de grandes ampleurs comme l’explosion du réacteur de Tchernobyl ou la marée noire de l’Exxon Valdez.

Diverses ONG ont évangélisé les problèmes écologiques majeurs : réchauffement climatique, destruction de la couche d’ozone, déforestation, etc..

Des entreprises, pointées du doigt par des ONG, des syndicats et des consommateurs, connaissent des scandales affectant leur chiffre d’affaires et le niveau de leurs actions.

L’importance de la RSE dans une entreprise

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Photo d’Alice Donovan Rouse sur Unsplash

Le caractère clé d’une politique RSE vient d’abord du fait que c’est une demande des consommateurs. Selon une étude publiée par le Natural Marketing Institute, 65 % des Français choisissent d’acheter ou au contraire de boycotter les marques, en fonction de leur perception des valeurs qu’elles défendent.

Aujourd’hui, on se soucie de faire des achats responsables et on se préoccupe des impacts environnementaux derrière la création de tel ou tel produit. Les entreprises peuvent faire de la RSE un levier de la croissance.

La RSE est aussi une demande des collaborateurs. Une étude de Cone Communications publiée en 2017 révèle que 55 % des collaborateurs disent que l’engagement social ou environnemental d’une entreprise est un critère plus important que le salaire. Chez les Millennials, le chiffre atteint 76 % !

Les engagements RSE sont aussi fortement encouragés par les pouvoirs publics, les ONG, alors que les entreprises soucieuses de la seule performance économique peuvent être la cible de campagnes de boycott et de bad buzz dans les médias.

Bref, de plus en plus d’acteurs économiques ont pris position pour un modèle d’entreprise éthique, cherchant à avoir un impact positif sur son environnement et intéressée par le bien-être au travail.

Comment obtenir un label RSE

Comme pour d’autres sujets, il n’existe pas UN référentiel, mais plutôt un fouillis de labels. Chacun d’entre eux propose une série de critères. L’entreprise doit fournir la preuve qu’elle les remplit et elle doit se soumettre à l’examen d’experts indépendants. Son dossier passe enfin devant une commission qui accorde ou non le label.

1/ la norme ISO 26000

Cette norme ne donne pas lieu à une certification, mais elle sert de référence pour plusieurs organismes de certification. Elle donne les bonnes pratiques en matière de responsabilité sociale et permet ainsi de guider les entreprises dans leur mise en place.

2/ Engagé RSE : le Label Afnor

Pour obtenir le label de l’Association Française de Normalisation, un expert étudie l’environnement de l’entreprise, analyse les pratiques et consulte les parties prenantes. Il établit ensuite un rapport de performance et un niveau d’évaluation.

3/ le Label Lucie 26000

Ce label propose un accompagnement afin de renforcer des initiatives socioresponsables et offre l’avantage d’intégrer une communauté d’entreprises mettant à disposition leurs services à des taux préférentiels.

Il s’appuie sur l’ISO 26000.

4/ le Label Greenfin

Initié par le ministère de la Transition Écologique et Solidaire, il permet de garantir aux investisseurs — sociétés de gestion, banques, assurances et épargnants — que les produits financiers certifiés participent au financement de la transition énergétique et écologique.

5/ le Label Agences Actives

Il s’agit d’un label RSE adapté aux agences de communication afin de valoriser leurs initiatives en matière de développement durable et responsable.

Le référentiel est divisé en quatre grands thèmes :

  • vision et gouvernance
  • réalisation des prestations
  • ressources humaines et aspects sociaux
  • impact environnemental de l’agence

Il s’agit d’un label co-créé avec l’AFNOR.

6/ B Corp

Diminutif de benefit corporation, c’est l’équivalent américain de ce qu’on appelle en France les entreprises à mission.

B corp est une communauté internationale qui propose elle aussi de nouer des partenariats entre les entreprises qui revendiquent un engagement sociétal au cœur de leur activité.

L’objectif est aussi de fédérer les acteurs du développement durable et leur donner une voix collective et internationale forte.

Patagonia en fait partie.

7/ la charte des Nations Unies : le Global Compact

Les entreprises peuvent faire partie du Global Compact à condition de s’engager à suivre 10 principes relatifs aux Droits Humains, aux normes internationales du travail, à l’environnement et à la lutte anticorruption. La charte des Nations Unies est la plus reconnue et la plus répandue à l’international.

Classement de la France en matière de RSE

D’après une étude de la plateforme EcoVadis, la France se classe 3e au niveau européen !

“EcoVadis propose un service d’évaluation complet de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), via une plateforme SaaS globale.

La notation EcoVadis s’intéresse à un vaste spectre de systèmes de gestion non financiers, notamment aux conséquences dans les thèmes suivants : l’Environnement, le Social & Droits de l’Homme, l’Éthique et les Achats responsables. Chaque entreprise est évaluée sur des problématiques essentielles en fonction de sa taille, de sa localisation et de son secteur d’activité.”

Voici le résultat de l’évaluation des entreprises françaises :

Score pays statistique

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